Dans un Moyen-Orient de plus en plus polarisé, les pays du Golfe semblent payer le prix de leur position médiane entre l’Occident et l’Iran, frappés de plein fouet par l’escalade militaire. Ancien espion ayant notamment opéré au Liban, Olivier Mas décrypte les ressorts d’une crise régionale où la modération apparaît à la fois comme une nécessité stratégique et une posture vulnérable.
Alors que le Moyen-Orient, et plus particulièrement les pays du Golfe, encaissent tout juste le choc de la confrontation frontale avec l’Iran, entraînés contre leur gré par les États-Unis et Israël, ces pays-là semblent payer le prix de leur position « modérée » et « médiane » dans un monde de plus en plus polarisé. Comment expliquer autrement le déferlement de drones et de missiles sur cette partie du monde, qui a longtemps voulu se placer à équidistance de l’Occident, d’une part, et de l’Iran, d’autre part ?
Ancien espion sous légende, opérant sous fausse identité, Olivier Mas a mené des missions sensibles aux quatre coins du monde, notamment au Liban. Depuis son départ du service actif en 2017, il s’est reconverti dans une carrière de vulgarisation et de témoignage, levant le voile sur les coulisses d’un métier resté longtemps dans l’ombre.
« Je suis personnellement attaché à la modération et à la raison en relations internationales. Je suis convaincu que les pays qui se lancent à corps perdu dans des stratégies extrêmes connaîtront, à terme, un retour de bâton »
Olivier Mas
Il livre aujourd’hui son analyse de la situation régionale. Pour lui, si les pays du Golfe semblent payer le prix de leur positionnement politique médian, cela ne remet pas en cause la pertinence de la modération : « Je suis personnellement attaché à la modération et à la raison en relations internationales. Je suis convaincu que les pays qui se lancent à corps perdu dans des stratégies extrêmes connaîtront, à terme, un retour de bâton. Je pense évidemment à la Russie, aux États-Unis, à Israël et à l’Iran. »
Dans ce contexte explosif, le Liban apparaît une nouvelle fois en première ligne. Dimanche soir, le Hezbollah a prouvé son allégeance pure et simple à Téhéran en s’aventurant sur le terrain militaire et en lançant des roquettes sur Haïfa. Le parti a fait fi de l’opinion d’une partie de sa base et de la majorité silencieuse de la communauté chiite.
États-Unis et Israël n’ont pas intérêt à tomber dans l’enlisement
La question se pose donc : le Liban est-il, une fois de plus, le bouc émissaire de la région ? Les tensions militaires vont-elles se réduire dans le Golfe pour se concentrer sur le territoire libanais ?
Olivier Mas ne le pense pas. Selon lui, « il s’agit d’une crise internationale classique, avec une montée en puissance, un pic, puis une décrue, jusqu’à la résolution ». Les États-Unis et Israël n’ont pas intérêt à tomber dans l’enlisement. L’Iran non plus. Il est certain, en revanche, que le Hezbollah – et donc le Liban – se distingue des autres pays de la région en apparaissant comme le seul soutien actif au régime des mollahs. Il s’expose ainsi à une recrudescence des frappes de l’armée de l’air israélienne, tandis que Tel-Aviv démontre sa capacité à gérer plusieurs fronts simultanément.
«Je suis persuadé que le président Trump n’avait que faire des résultats de la négociation. L’armada déployée était tellement écrasante qu’elle n’avait malheureusement pour objectif qu’un basculement dans le conflit»
Olivier Mas
Autre interrogation majeure : l’état réel des négociations irano-américaines sur le nucléaire quelques heures avant l’offensive israélienne sur Téhéran. De nombreuses sources affirment qu’un accord était imminent, que l’Iran se montrait coopératif et qu’il a donc été pris par surprise. Dès lors, est-il exagéré d’estimer que ces négociations faisaient partie intégrante de la stratégie militaire israélo-américaine ?
L’ancien agent en est convaincu : « Je le crois intimement. Je suis persuadé que le président Trump n’avait que faire des résultats de la négociation. L’armada déployée était tellement écrasante qu’elle n’avait malheureusement pour objectif qu’un basculement dans le conflit. Une simple pression militaire, pour appuyer une négociation, aurait pu être obtenue par le positionnement d’un seul porte-avions et de ses navires d’accompagnement. »
Reste à savoir si les Israéliens ont forcé la main de Washington. Difficile à trancher. Donald Trump semblait déterminé à frapper l’Iran, sans nécessairement avoir besoin d’y être poussé. Mais il est certain que cette opération conjointe constitue un succès politique pour Benjamin Netanyahu.
Quant à l’avenir du Liban à l’horizon d’un an, Olivier Mas ne se montre pas totalement pessimiste. Il évoque l’hypothèse d’un changement de nature du régime iranien, avec l’abandon du principe du velayat-e faqih, dont la vocation à exporter la révolution à l’international a nourri les tensions régionales. Le Hezbollah perdrait alors en légitimité et en soutien financier pour ses capacités militaires. Le désarmement du Parti de Dieu et la prise en charge effective de la frontière sud par l’armée libanaise pourraient contribuer à limiter les frictions avec l’encombrant voisin israélien.
- Bio en bref – Aujourd’hui auteur, conférencier et Youtubeur, Olivier Mas est un officier Saint-Cyrien qui durant ses 28 années de carrière, a servi 4 ans, entre autre, au sein des forces spéciales (1e RPIMa), et 15 ans à la DGSE.
