Espion sous légende, opérant sous fausse identité, Olivier Mas a mené des missions sensibles aux quatre coins du monde, notamment au Liban. Depuis son départ du service actif en 2017, il s’est reconverti dans une carrière de vulgarisation et de témoignage, levant le voile sur les coulisses d’un métier resté longtemps dans l’ombre.
Olivier Mas répond aux questions de Beyrouth360 concernant la soudaine escalade de violence dans la région et l’affrontement direct entre Israël et l’Iran.
B360 – Iran vs. Israël : Quels sont les avantages et points de faiblesse des deux pays qui s’affrontent pour la première fois directement, après avoir fait usage pendant longtemps d’intermédiaires pour exprimer leurs différends ?
R – C’est un affrontement direct, c’est certain, mais ce n’est pas encore une guerre totale, et cela ne le sera pas. Il n’y aura pas d’invasions mutuelles par l’intermédiaire de troupes au sol, en particulier. C’est une campagne aérienne qui se joue essentiellement, à coup de bombes air-sol d’un côté, et de missiles peu précis, de l’autre.
Les avantages d’Israël sont nombreux : supériorité aérienne totale, renseignement technique et humain qui permet une précision des frappes, contre des structures ou des individus ciblés. Du côté de l’Iran, je ne vois que très peu d’avantages.
L’alliance chiite marque le pas. L’aide de la Russie ne peut être que minimale : Moscou consacre l’essentiel de ses moyens à la guerre en Ukraine. L’effet des sanctions rend difficile le maintien en condition d’une armée moderne. On voit clairement aujourd’hui un différentiel de niveau effarant entre les deux belligérants.
B360 – Cette guerre s’installe-t-elle dans la durée? Pourquoi?
R – Depuis l’échec de sa guerre contre le Hezbollah, en 2006, Israël a progressivement mis en place une doctrine militaire fondée sur la montée en puissance de son renseignement et l’intégration de ses capacités de ciblage avec son appareil militaire. L’attaque du Hamas du 7 octobre a servi de déclencheur pour mettre en œuvre les progrès stratégiques obtenus depuis ces dernières années.
Israël est déterminé à frapper ses principaux ennemis, Hamas, Hezbollah et Iran. Le déroulement des opérations et la multiplication des succès obtenus va encourager Israël à aller jusqu’au bout. C’est-à-dire détruire sur le long terme les capacités nucléaires de Téhéran et obtenir, si possible, un changement de régime. Que cela aboutisse au chaos en Iran ne rebute pas les Israéliens et sert plutôt ses intérêts.
B360 – Des négociations parallèles, alors que les parties s’affrontent sur le terrain, sont-elles encore à l’ordre du jour?
R – Elles sont devenues parfaitement caduques, évidemment.
B360 – Quelles conséquences voyez-vous à moyen et long terme ? Tant sur le plan sécuritaire qu’économique?
R – Je pense qu’une certaine instabilité politique va progressivement s’installer pouvant déboucher sur la chute du régime iranien, qui se montre plus démuni que jamais. Cette faiblesse ne passe pas inaperçue aux yeux de la population. Or, pour qu’un régime autoritaire se maintienne au pouvoir, il doit inspirer la peur, en interne. Ce sera de moins en moins le cas. Mais l’Iran est un grand pays avec d’importantes ressources énergétiques et une population bien éduquée. Elle dispose d’importants atouts pour repartir de l’avant.
B360 – Que signifie ce conflit pour Gaza? Va-t-on oublier cette bande de terre comme cela est en train de se produire par exemple avec le conflit au Soudan?
R – Pour Gaza, je suis assez pessimiste. Israël ne se fixe aucune limite et met en avant l’attaque du 7 octobre comme une justification de sa politique agressive. Le but d’Israël est de pousser les palestiniens à quitter les lieux en leur rendant la vie impossible. Tout sera donc fait à l’avenir pour renforcer la pression contre la population civile. Il ne s’agit même plus d’opérations militaires contre les combattants du Hamas. Et les Palestiniens sont bien seuls. Une aide humanitaire ou un simple discours de soutien ne pèsent pas lourd, hélas.
B360 – Comment expliquer l’incapacité de l’Occident à endiguer rapidement cette explosion de violence?
R – Le moteur de gestion des conflits hérité de la seconde guerre mondiale est parfaitement inopérant aujourd’hui avec des Etats-Unis aux abonnés absent. Je n’y attends rien, pour le moment. Sauf dans le cas d’une crise énergétique majeure qui pèserait sur les cours du pétrole et qui forcerait l’occident à agir à nouveau.
B360 – Quid de la paix tant espérée et promise? Est-elle plus lointaine que jamais?
R – Après chaque bouleversement majeur, un nouvel équilibre se met en place. Parfois pire que le système précédent. Mais parfois plus stable, également, selon les cas. Si Israël gagne sa guerre, grâce à sa supériorité militaire écrasante, et que l’Iran soit débarrassé des sanctions économiques avec l’avènement d’un nouveau régime, on peut imaginer, à long terme, une situation pacifiée pour la région. Mais pour le moment et les mois à venir, la paix, hélas, attendra.
- Bio en bref – Aujourd’hui auteur, conférencier et Youtubeur, Olivier Mas est un officier Saint-Cyrien qui durant ses 28 années de carrière, a servi 4 ans, entre autre, au sein des forces spéciales (1e RPIMa), et 15 ans à la DGSE.