En apprenant le décès du juge Frank Caprio ce matin à l’aube, j’ai été saisie d’une tristesse aussi soudaine que profonde. Un sentiment qui m’a, à vrai dire, pris de court.
Je n’ai jamais eu l’honneur de le connaître. Je le suivais, comme des millions d’autres, sur les réseaux sociaux. Alors pourquoi cette tristesse ?
Pour ceux qui ne le connaissent pas, le juge Frank Caprio était un magistrat américain très populaire, surtout connu pour son émission de télévision « Caught in Providence », qui a largement contribué à sa notoriété à travers le monde. Dans cette émission, il rendait ses jugements de manière humaine, bienveillante et pleine d’humour.
Il m’a fallu du temps pour comprendre pourquoi je me sentais concernée par sa disparition. En réalité, ce que Frank Caprio avait incarné tout au long de sa vie — il est décédé à l’âge de 88 ans après une courageuse bataille contre le cancer du pancréas — c’était l’humilité et la bienveillance dans l’application de la justice.
C’était cette manière unique de rappeler que la justice ne peut exister sans compassion, sans humanité.
Frank Caprio se situait loin des automatismes juridiques, loin, très loin d’une application rigide de la loi… Et à des années-lumière d’une intelligence artificielle qui gagne du terrain chaque jour et qui, couplée aux réseaux sociaux, fait déjà des ravages au sein de la jeunesse. Une jeunesse, il faut le dire, de plus en plus désorientée par une société qui se veut implacable, et au sein de laquelle elle tente de devenir adulte.
Et, plus proche de nous, je n’ai pu m’empêcher de penser : de combien de Frank Caprio le Liban aurait-il besoin pour prospérer ? Pour retrouver aujourd’hui cette légendaire bienveillance qui, autrefois, nous servait, à nous Libanais, de véritable marque de fabrique ?
De combien de Frank Caprio aurait besoin le Liban ? Que peuvent aujourd’hui une poignée d’âmes bienveillantes perdues dans l’océan de cupidité et de méchanceté qu’est devenu notre pays ? L’explosion du port de Beyrouth, à elle seule, ne révèle-t-elle pas l’immense fossé qui nous sépare non seulement de la justice la plus élémentaire, mais aussi de toute idée de compassion et de bienveillance ?
