Face à ce rôle fondamental, il est profondément injuste que la diaspora libanaise ne bénéficie pas d’une pleine représentativité politique. Actuellement, seuls 6 députés sont élus par les Libanais de l’étranger, sur un total de 128 parlementaires. Une anomalie démocratique qui réduit la voix de millions de Libanais engagés activement pour leur pays. Si les expatriés peuvent subvenir aux besoins de leurs proches, maintenir à flot des pans entiers de l’économie et défendre les intérêts du Liban à l’international, ils devraient aussi pouvoir élire l’ensemble des députés, au même titre que ceux vivant au Liban.
On le sait, la diaspora libanaise est une force motrice et l’un des piliers essentiels du pays. Forte d’environ 15 millions de personnes d’origine libanaise à l’étranger — soit près de trois fois la population résidente au Liban, selon le gouvernement libanais — la diaspora se révèle bien plus qu’un simple soutien sentimental ou culturel.
Par ses transferts financiers, sa présence saisonnière, son réseau international et son influence dans les pays d’accueil, cette diaspora constitue aujourd’hui l’un des rares moteurs encore fonctionnels de l’économie libanaise.
Il est temps de reconnaître cette réalité, non seulement sur le plan économique, mais également sur le plan politique.
Il est temps de reconnaître cette réalité, non seulement sur le plan économique, mais aussi sur le plan politique.
Un flux vital de devises dans un pays en pénurie de liquidités
Depuis l’effondrement financier de 2019, les transferts d’argent envoyés par les Libanais de l’étranger sont devenus une source de survie quotidienne pour une large partie de la population.
Selon la Banque mondiale, les envois de fonds vers le Liban ont atteint environ 6,4 milliards de dollars en 2023, représentant plus de 36 % du PIB — l’un des taux les plus élevés au monde. Ces transferts dépassent largement l’aide internationale et les investissements directs étrangers combinés.
En 2022 et 2023, malgré la crise et l’absence de gouvernement stable, le Liban a accueilli entre 1,3 et 1,6 million de visiteurs, dont une majorité écrasante issue de la diaspora. Ce flux massif a eu un impact direct sur le secteur du tourisme et de l’hôtellerie.
De plus, grâce à l’effet multiplicateur, selon diverses estimations d’économistes locaux et internationaux, chaque dollar transféré par la diaspora libanaise génère entre 1,5 et 1,8 dollar dans l’économie nationale, et jusqu’à 2,5 dollars lorsqu’il est investi dans des projets productifs (immobilier, PME familiales, agriculture, artisanat, santé, éducation…). Cet effet multiplicateur est une aubaine, vu l’inexistence d’investissements publics.
Les estimations de la Banque mondiale indiquaient que 80 % de la population libanaise se retrouverait sous le seuil de pauvreté à la suite de la crise.
Dans un pays où les banques restreignent toujours l’accès aux dépôts et où la monnaie locale a perdu plus de 95 % de sa valeur en cinq ans, ces flux financiers représentent un oxygène vital, permettant aux familles d’acheter leurs produits de base, d’accéder aux soins et de payer les frais de scolarité.
D’ailleurs, les estimations de la Banque mondiale indiquaient que 80 % de la population libanaise se retrouverait sous le seuil de pauvreté à la suite de la crise. Cette estimation se fondait sur une étude menée en 2018 par la Central Administration of Statistics du Liban (CAS), en collaboration avec la Banque mondiale, dans le but de mieux comprendre le niveau de vie des Libanais, leur consommation, leurs revenus et la répartition des inégalités sur le territoire.
Pourtant, les dernières estimations situent désormais la part de la population vivant sous le seuil de pauvreté entre 45 % et 55 %, selon les régions et les hypothèses retenues. Cela signifie que les transferts familiaux de la diaspora ont permis d’éviter à 1 à 1,5 million de Libanais de basculer dans la pauvreté totale.
Chaque été, la diaspora libanaise revient au pays, non seulement pour les vacances, mais aussi par attachement profond à la terre natale.
En 2022 et 2023, malgré la crise et l’absence de gouvernement stable, le Liban a accueilli entre 1,3 et 1,6 million de visiteurs, dont une majorité écrasante issue de la diaspora. Ce flux massif a eu un impact direct sur les secteurs du tourisme et de l’hôtellerie, injectant des centaines de millions de dollars dans une économie à bout de souffle.
Les restaurants, les hôtels, les locations saisonnières, les transports, les petits commerces — tous enregistrent une croissance spectaculaire durant la saison estivale, permettant à des milliers d’entrepreneurs de renflouer leurs caisses et, parfois, de survivre toute une année grâce à ces quelques mois.
Un levier stratégique pour le rayonnement et l’investissement
La diaspora libanaise est présente dans plus de 100 pays répartis sur les six continents. Elle inclut des figures influentes dans les domaines de la finance, des technologies, de la médecine, de l’art et de la politique. Ce réseau mondial pourrait devenir un levier stratégique puissant pour la croissance du pays, à condition de lui donner les moyens d’agir.
En tant qu’ambassadeurs naturels du Liban, les expatriés contribuent à redorer l’image du pays, à attirer les touristes étrangers, à créer des ponts avec des investisseurs internationaux et à promouvoir les produits et savoir-faire libanais sur les marchés étrangers.
À travers des réseaux professionnels, des ONG et des projets entrepreneuriaux, ils offrent des opportunités concrètes de coopération, d’investissement et de développement économique.opportunités concrètes de coopération, d’investissement et de développement économique.
En bref
Il existe plusieurs initiatives structurées sous forme d’organisations de la diaspora libanaise, qui œuvrent activement au développement économique, social et humanitaire du pays, en mobilisant les compétences, les ressources et l’influence des Libanais de l’étranger.
En voici une liste non-exhaustive
- LIFE – Lebanese International Finance Executives dont le siège est à Londres, avec des antennes à Paris, Singapour, Genève, New York, Dubaï… Elle octroie des bourses universitaires aux jeunes Libanais, leur fournit un mentorat, promeut des projets d’investissement au Liban et finance des programmes de relance économique.
- SEAL – Social and Economic Action for Lebanon basée à New York, soutient le développement durable au Liban, notamment dans les zones rurales, en finançant des microprojets agricoles et artisanaux, et en appuyant les ONG locales.
- LebNet basé en Californie, connecte les professionnels de la tech, de l’ingénierie et de l’innovation, tout en offrant mentorat et accès aux réseaux de la Silicon Valley pour les start-ups libanaises.
- Impact Lebanon installé à Londres, mène des campagnes humanitaires, juridiques et sociales en soutenant financièrement des ONG locales et en sensibilisant à la justice et à la transparence.
Le Liban d’aujourd’hui ne peut survivre — et encore moins se reconstruire — sans l’apport colossal et multiforme de sa diaspora.
Une citoyenneté à part entière, pas à moitié
Face à ce rôle fondamental, il est profondément injuste que la diaspora libanaise ne bénéficie pas d’une pleine représentativité politique. Actuellement, seuls 6 députés sont élus par les Libanais de l’étranger, sur un total de 128 parlementaires. Une anomalie démocratique qui réduit la voix de millions de Libanais engagés dans le soutien actif à leur pays.
Si les expatriés peuvent subvenir aux besoins de leurs proches, maintenir à flot des pans entiers de l’économie et défendre les intérêts du Liban à l’international, ils devraient également pouvoir élire l’ensemble des députés, au même titre que ceux vivant au Liban.
Il en va de l’équité, de la démocratie, mais aussi de l’avenir d’un pays qui ne peut se reconstruire sans tous ses enfants, où qu’ils vivent.
Le Liban d’aujourd’hui ne peut survivre — et encore moins se reconstruire — sans l’apport colossal et multiforme de sa diaspora.
Il est temps de reconnaître ce rôle, non seulement à travers les chiffres et les hommages symboliques, mais aussi par une réforme structurelle de la représentation politique.
Les Libanais de l’étranger ne sont pas des soutiens externes : ils sont le Liban, autant que ceux qui y résident.
