Le Liban, longtemps écartelé entre ses aspirations à la souveraineté et le poids d’influences étrangères, se trouve aujourd’hui à un tournant décisif. Dans une tribune publiée sur Fox News, l’ancien secrétaire d’État américain Mike Pompeo affirme qu’une seule voie peut mener à la stabilité : démanteler l’arsenal militaire du Hezbollah avant d’entreprendre toute réforme de gouvernance.
Une nation paralysée par une armée parallèle
Pour Mike Pompeo, la tragédie du Liban ne se résume pas à la corruption, à l’effondrement de la Banque centrale ou à la paralysie de ses institutions. Selon lui, ces crises ne sont que les symptômes d’un mal plus profond : l’existence d’un groupe armé qui répond à Téhéran et non à Beyrouth.
« Le Liban ne peut pas avoir deux armées », prévient-il.
« Il ne peut pas avoir un groupe qui obéit à Téhéran tout en prétendant servir Beyrouth. Il ne peut y avoir qu’une seule force légitime capable de défendre le Liban : les Forces armées libanaises. »
Pour Pompeo, il ne s’agit pas d’une option politique, mais d’une nécessité existentielle :
« Chaque dollar dépensé pour la réforme de la gouvernance, chaque effort pour reconstruire les institutions, chaque tentative de restaurer la stabilité économique échouera tant qu’un proxy iranien détiendra un droit de veto par la force des armes. »
Dénoncer l’échec de la FINUL
Dans sa tribune, l’ex-chef de la diplomatie américaine vise également la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). À quelques semaines du renouvellement de son mandat, il appelle à y mettre un terme :
« La FINUL n’a offert guère plus qu’un cache-sexe au renforcement militaire du Hezbollah », écrit-il.
« Comme l’UNRWA à Gaza, elle est devenue pire qu’inutile : elle facilite les problèmes mêmes qu’elle était censée résoudre. Envoyer l’argent des contribuables américains à l’ONU pour cette mission n’est pas seulement du gaspillage, c’est moralement condamnable. »
Renforcer l’armée libanaise et couper le pipeline iranien
Pompeo appelle Washington à investir massivement dans les Forces armées libanaises (FAL), qu’il qualifie de « meilleur espoir du Liban pour une gouvernance unifiée et légitime ».
Il préconise une aide globale : renseignement, matériel de pointe, formation des officiers et assistance technique. Mais la priorité absolue, selon lui, reste de bloquer l’acheminement des armes iraniennes :
« Chaque roquette, chaque missile, chaque pièce d’équipement militaire que l’Iran fait parvenir au Liban doit être identifiée et éliminée », insiste-t-il.
« Nous avons les capacités de renseignement. Nous avons des partenaires volontaires en Israël. Et nous avons désormais un levier sur le nouveau gouvernement syrien, qui dépend du soutien américain pour sa survie. Utilisons ce levier. »
Ni nation-building, ni illusions
À ceux qui craignent une nouvelle aventure militaire américaine, Pompeo répond :
« Il ne s’agit pas de nation-building ni d’un enlisement sans fin au Moyen-Orient. Il s’agit de reconnaître que certains problèmes ont des solutions militaires. L’arsenal du Hezbollah n’a pas été construit par des négociations, et il ne sera pas démantelé par des politesses diplomatiques. »
Pour lui, une seule équation peut sauver le Liban :
« Un pays, une armée légitime. Voilà la seule voie vers une paix durable. »
Le poids de la biographie
Ancien directeur de la CIA (2017-2018), puis secrétaire d’État de Donald Trump (2018-2021), Mike Pompeo est l’une des figures majeures de la diplomatie américaine contemporaine. Issu du Tea Party et ancien député du Kansas, il incarne l’aile dure du Parti républicain en politique étrangère.
Proche de Trump, il fut l’un des architectes de la politique de « pression maximale » contre l’Iran, de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël et des accords d’Abraham. Son expérience au cœur du pouvoir lui confère un poids particulier lorsqu’il parle du Liban et du Hezbollah.
En rappelant que le Hezbollah a « les mains couvertes de sang américain », Pompeo souligne que la milice chiite n’est pas seulement une menace pour le Liban, mais aussi un danger stratégique pour les États-Unis :
« Vouloir ces résultats ne suffit pas », conclut-il.
« Le président Trump a montré qu’il est prêt à prendre les mesures décisives que les administrations précédentes ont évitées. La fenêtre d’action se referme. Si l’Amérique n’agit pas maintenant, un autre pays du Moyen-Orient basculera encore davantage dans l’orbite de l’Iran. »
Qui est Mike Pompeo ?
Âgé de 61 ans, Mike Pompeo est une figure centrale du Parti républicain et de la politique étrangère américaine récente. Diplômé de l’Académie militaire de West Point, il a servi comme officier de cavalerie dans l’armée américaine avant d’obtenir un diplôme à la Harvard Law School.
Après une carrière d’avocat d’affaires et d’entrepreneur dans l’industrie aéronautique, il entre en politique en 2010 comme représentant du Kansas au Congrès. Proche du Tea Party et soutien fidèle de Donald Trump, il devient en 2017 directeur de la CIA avant d’être nommé, en 2018, secrétaire d’État.
À ce poste, il a joué un rôle clé dans la stratégie américaine vis-à-vis de l’Iran, le retrait du JCPOA, la reconnaissance de Jérusalem et la conclusion des accords d’Abraham. Pour lui, l’affaiblissement de l’axe Téhéran-Beyrouth est une condition incontournable pour préserver la souveraineté libanaise.
Un message à double portée
La tribune de Pompeo sonne comme un avertissement autant pour Beyrouth que pour la communauté internationale.
- Aux Libanais, il rappelle que leur souveraineté est menacée par l’existence d’une armée parallèle.
- Aux alliés des États-Unis, il adresse un message clair : dans la vision trumpienne, le Liban ne peut être sauvé que par la force, et non par des conférences diplomatiques ou des financements multilatéraux.
Pompeo conclut :
« Vouloir ces résultats ne suffit pas. Le président Trump a montré qu’il est prêt à prendre les mesures décisives que les administrations précédentes ont évitées. Le temps presse. Si l’Amérique n’agit pas maintenant, nous verrons un autre pays du Moyen-Orient tomber un peu plus dans l’orbite de l’Iran. »
