Une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations Unies se tient ce dimanche matin, heure de New York, sur la situation explosive au Moyen-Orient, plus précisément en lien avec la ville de Gaza.
Israël vient d’approuver un plan militaire visant à prendre le contrôle total de la métropole palestinienne. Cette décision, annoncée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, a déclenché une onde de choc diplomatique et une vague de condamnations internationales.
Opération militaire controversée
Dans une déclaration officielle, Netanyahu a affirmé que les Forces de défense israéliennes (FDI) se préparent à « prendre le contrôle de la ville de Gaza tout en distribuant une aide humanitaire à la population civile en dehors des zones de combat ». Cinq objectifs stratégiques guident ce plan: désarmer le Hamas, récupérer les otages capturés lors de l’attaque du 7 octobre 2023, démilitariser la bande de Gaza, imposer un contrôle sécuritaire israélien sur l’enclave, et établir une administration civile alternative à la fois au Hamas et à l’Autorité palestinienne.
Mais derrière cette stratégie se cache une ambition plus vaste. Dans une interview accordée hier, Netanyahu a reconnu que le plan visait en réalité le contrôle de l’ensemble de la bande de Gaza, avec l’objectif de transférer ensuite sa gestion à des « forces arabes », tout en maintenant un périmètre sécuritaire israélien. Le projet prévoirait notamment l’occupation complète de Gaza City, une zone urbaine densément peuplée abritant environ 900 000 personnes, soit environ 85 % du territoire de Gaza.

Contexte humanitaire catastrophique
Selon les chiffres du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), la situation humanitaire dans la bande de Gaza est déjà au bord de l’effondrement total. Depuis le début de la guerre en octobre 2023, plus de 61 100 Palestiniens ont été tués, dont près de 18 500 enfants, et 151 000 blessés. La famine s’installe : près de 12 000 enfants de moins de 5 ans souffraient de malnutrition aiguë en juillet, et au moins 193 personnes, dont 96 enfants, sont mortes de faim.
Les infrastructures sont en ruines : 78 % des structures sont détruites ou endommagées, 86 % des terres agricoles sont inutilisables, et les hôpitaux débordés sont incapables de traiter les 14 800 patients nécessitant une évacuation médicale urgente. Entre le 30 juillet et le 5 août, près de 40 % des livraisons humanitaires ont été retardées, incomplètes, ou interceptées par des foules affamées. L’IPC (Integrated Food Security Phase Classification) estime que le pire scénario de famine est désormais en cours dans Gaza.
Condamnations et fracture diplomatique
Face à l’ampleur du plan israélien, les réactions internationales ont été immédiates. L’Autorité palestinienne a dénoncé une tentative de génocide, de déplacement forcé, et de violation manifeste du droit international. Le ministère palestinien des Affaires étrangères a prévenu que plus de deux millions de personnes risquaient d’être confinées sur moins de 10 % du territoire de Gaza, dénonçant une stratégie d’annexion déguisée.
Du côté occidental, les critiques se multiplient : Le Premier ministre britannique Keir Starmer a déclaré que ce plan était « erroné » et qu’il ne ferait qu’apporter « davantage de sang versé ». Le chancelier allemand Friedrich Merz a annoncé la suspension des exportations d’équipements militaires vers Israël, dénonçant le flou entourant les objectifs réels de cette offensive. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a exhorté Israël à reconsidérer son action. Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, s’est dit « gravement alarmé », qualifiant le plan « d’escalade dangereuse » qui risque de « profondément aggraver la catastrophe humanitaire » et de mettre davantage de vies en danger, y compris celles des otages encore détenus.
En revanche, l’ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, a défendu le plan israélien, le qualifiant de « nécessaire pour vaincre le Hamas », allant jusqu’à le comparer aux bombardements alliés de Dresde durant la Seconde Guerre mondiale — une comparaison qui a suscité l’indignation de nombreuses ONG.
Conseil de sécurité divisé
La réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, convoquée à la demande des membres européens, notamment la France, le Danemark, la Grèce, la Slovénie, et le Royaume-Uni, se tient dans un climat de fracture diplomatique. Les États-Unis restent isolés dans leur soutien à la stratégie israélienne, alors que la majorité des membres du Conseil exigent un cessez-le-feu immédiat, la libération inconditionnelle de tous les otages et le rétablissement d’un accès humanitaire complet.
Certains États membres devraient également appeler à la mise en œuvre du document final de la conférence internationale de haut niveau sur la Palestine, tenue au siège de l’ONU du 28 au 30 juillet. Le message est clair : seule une solution politique durable, fondée sur la coexistence de deux États, permettra de mettre fin à ce cycle de violence.
Tournant historique ou point de non-retour ?
Alors que les négociations de cessez-le-feu menées par l’Égypte, le Qatar et les États-Unis sont dans l’impasse, le plan israélien pour Gaza pourrait bien être un tournant historique, ou un point de non-retour. À l’heure où la population palestinienne s’enfonce dans la famine et le chaos, la communauté internationale est confrontée à une responsabilité immense : celle de préserver ce qu’il reste de droit international humanitaire.
