J’aurais voulu écrire un édito. J’aurais voulu dénoncer. J’aurais voulu dresser un état des lieux. J’aurais voulu crier ma rage.
Mais aujourd’hui, je trouve que tous les mots sonnent creux. Qu’il n’y a plus rien à dire face à tant d’injustice et d’impunité.
Cela fait cinq ans aujourd’hui.
Dieu sait combien j’ai écrit, combien j’ai donné d’interviews, combien je me suis démenée pour lever des fonds.
L’idée même de Beyrouth 360 a germé il y a deux ans et demi, pour que l’explosion du port — la troisième plus importante au monde après celles de Hiroshima et Nagasaki — ne soit pas oubliée. Pour que le Liban, avec tous ses problèmes, toutes ses impunités et toute la pourriture de son establishment, reste à l’ordre du jour.
Mais aujourd’hui, vraiment, je suis incapable de rédiger ce que j’avais planifié d’écrire et de raconter.
Je suis aussi véritablement incapable de revoir les films et les images qui repassent depuis deux jours sur les réseaux sociaux : ceux de l’énorme secousse, du champignon blanc devenu rose au-dessus de nos têtes, des silos éventrés, des personnes lourdement blessées ou toujours hospitalisées, des personnes tuées, de leurs familles qui continuent, inlassablement, à appeler à ce que justice soit faite.
Beyrouth, ma ville, a explosé. J’étais dedans. J’ai survécu.
Cinq ans après l’explosion du port de Beyrouth, ma colère n’est pas encore retombée. Elle est intacte et incommensurable, mais muette, enfouie au fin fond de moi.
Pour illustrer mon texte, j’ai choisi une photo d’avant. Je l’avais prise le 9 octobre 2017. Il y avait un double arc-en-ciel au-dessus du port de Beyrouth, et ses silos étaient encore debout, élégants et majestueux.
