De quoi être fiers, lorsque la dignité de toute une région est bafouée dans le plus grand des silences ? La fierté accompagne l’action. L’espoir aussi. Il ne naît que par – et grâce à – l’action.
Le chanteur Saint-Levant le dit avec une simplicité toute trouvée :
« Nous sommes arabes et nous sommes cultivés, nous sommes arabes et nous sommes intellectuels, nous sommes des pères, des mères, des amants (…) nous ne sommes pas seulement ce que la télévision veut dire de nous. »
La tête haute et fière, il clame cette identité, la revendique avec cette assurance propre à la fraîcheur de la jeunesse.
Mais où est-elle aujourd’hui, cette fierté ?
De quoi être fiers, lorsque la dignité de toute une région est bafouée dans le plus grand des silences ?
La fierté accompagne l’action. L’espoir aussi. Il ne naît que par – et grâce à – l’action.
De quoi sommes-nous encore capables, en tant que nations arabes, en termes d’action, lorsqu’aucun pays de la région – de l’Irak à la Syrie, en passant par le Liban et les territoires palestiniens – ne tient plus debout ?
De cette débâcle absolue, comment être fiers ?
N’en sommes-nous arrivés là que par notre incapacité à nous exprimer d’une même voix face à un ennemi que nous savons totalement déshumanisé, que nous savons à l’affût de nos moindres failles ? Et Dieu sait si elles sont nombreuses.
Quelle image offrons-nous aujourd’hui à la communauté internationale ?
Une image de nations désunies, morcelées jusque dans leurs entrailles, tournées chacune vers leur propre survie ?
À Beyrouth, ressentons-nous seulement l’urgence de la situation à Gaza ?
Sommes-nous seulement conscients que ce scénario pourrait, avec une étonnante facilité, se reproduire au Liban ?
Les événements de Soueida n’ont-ils pas servi de sonnette d’alarme pour nous, qui connaissons mieux que quiconque combien la violence est pernicieuse, et avec quelle aisance s’installe la cruauté lorsqu’elle tombe sur un terreau fertile ?
Une semaine après les massacres de Soueida, les habitants n’ont toujours pas fini de compter leurs morts. Ils commencent à peine à recevoir les aides acheminées – à dessein trop tard – par ceux-là mêmes qui ont mis le feu à la poudrière.
Et pendant ce temps, faisant fi de notre environnement direct – si tant est que la bande de Gaza puisse être considérée comme un environnement indirect –, nous vivons un été que nous voulons prospère par-dessus tout.
Mais la prospérité, sans État de droit et sans droits humains fondamentaux, n’est rien.
Où se trouve donc notre humanité, nous qui avons souffert de tous les maux en un peu moins d’un siècle ?
Quelle est cette solidarité de façade, celle des réseaux sociaux, que nous exprimons presque du revers de la main envers Gaza ?
Envers des êtres humains dont le seul crime était sans doute d’être nés à Gaza ?
Quelle solidarité de façade peut encore endiguer le rouleau compresseur de la famine, qui happe sans distinction : nouveaux-nés, femmes, vieillards, hommes en bonne santé, et ces quelques derniers journalistes dont plus personne ne parle ?
