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    Accueil » Les « rounds » de la guerre en Syrie, comme un air de déjà vu au Liban
    Analyse

    Les « rounds » de la guerre en Syrie, comme un air de déjà vu au Liban

    Patricia KhoderBy Patricia Khoder16 juillet 2025
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    Ce sont des rounds d’une guerre civile qui va délimiter par le sang de nouvelles frontières. Sykes-Picot a bel et bien échoué et nous sommes dans une nouvelle ère.

    Au Liban, au début de la guerre de 1975, les Libanais appelaient les accrochages « rounds ». Ils ne savaient pas encore que ces accrochages dureront 17 ans, déplaceront des populations, mèneront à des massacres sur bases d’appartenance religieuse, coûteront la vie à 200.000 personnes, et changeront irréversiblement la démographie d’un jeune pays, grand comme un mouchoir de poche et né suite aux accords de Sykes-Picot et de la Conférence de San Remo en 1920, sur les ruines de l’Empire ottoman. Un pays qui n’a malheureusement pas tenu la route que quelques dizaines d’années après son indépendance.

    Aujourd’hui c’est en Syrie que les rounds commencent. Peu avant les massacres des alaouites en mars dernier, et avant les premiers heurts meurtriers contre des druzes à Jaramana et Sahnaya dans la banlieue de Damas et dans la Mouhafaza de Soueida (sud de la Syrie), en avril et mai, et bien avant les massacres de cette semaine à Soueida, des accrochages avaient opposés des forces de l’ordre relevant du nouveau pouvoir à des habitants de Jaramana.

    Ce jour-là, avant les affrontements armés, internet a été coupé à Damas, Jaramana et à Soueida et on ne comprenait pas pourquoi. Les premiers obus de mortiers sont tombés sur cette localité à majorité druze avec le coucher du soleil, alors qu’au centre-ville de Damas les choses se poursuivaient normalement.

    C’était le samedi 1er mars 2025. Les accrochages aux obus de mortier avaient duré l’espace d’une nuit et on comptait quelques morts dans les rangs des forces gouvernementales. C’était en fait le premier round. Ce jour-là, tout était vite rentré dans l’ordre et tout avait l’air ordinaire le lendemain à Jaramana, ville à majorité druze (suivie par des chrétiens) dans la banlieue de Damas.

    Depuis, accrochages et massacres se poursuivent. Et c’est toujours le même scénario.

    En fait, ce sont des rounds d’une guerre civile qui va délimiter par le sang de nouvelles frontières. Une guerre civile qui oppose des minorités ancrées profondément et dignement dans leurs terres, à des salafistes aux longues barbes ayant l’air de sortir tout droit du Moyen âge et se proclamant les descendants des Omeyyades et désignées par l’Etat syrien par « des factions insubordonnées ».

    Quel triste Moyen-Orient, quel triste Liban et quelle triste Syrie dont la population subit depuis plus d’un demi-siècle les pires injustices.

    Sykes-Picot a bel et bien échoué et nous sommes dans une nouvelle ère. Bien sûr, il n’y aura pas de partition en Syrie, ni au Liban. Mais il y aura une immense décentralisation.

    Il y aura un littoral syrien alaouite et chrétien et Soueida sera druze. Le Rojava, le Kurdistan syrien, ne sera jamais rattaché aux enclaves kurdes de l’Iraq, de l’Iran, encore moins de la Turquie, mais gardera ses particularités.

    Comme les Libanais avant eux, les Syriens paieront de leurs vies pour revenir à des systèmes communautaires qui étaient de mise sous l’empire ottoman.

    Sykes-Picots a rendu l’âme. Au Liban, entre une guerre de 17 ans et les années d’instabilité qui ont suivi, les populations vivent dans des enclaves communautaires de facto. Nous reviendrons au Mont-Liban, sans pour autant modifier les frontières. Et, ça sera ça Bilad al-Cham.

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    Patricia Khoder

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